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mardi 28 janvier 2014

Le couteau sur la nuque - Agatha Christie

Titre original : Lord Edgware dies (1933)
Traduit de l'anglais par Louis Postif
Edité par  Librairie des Champs-Elysées, 1935, 189 pages


Quatrième de couverture :
Lady Edgware ne supporte pas la contradiction. Et son mari lui donne bien du souci. D'abord, il a un caractère impossible. Ensuite, il refuse de divorcer. Très ennuyeux... Car Lady Edgware a justement l'intention de se remarier. Que faire ? Mais charger Hercule Poirot de la débarrasser du gêneur, bien sûr ! N'est-il pas le plus grand spécialiste des affaires criminelles ? Lady Edgware aurait tendance à confondre tueur à gages et détective que Poirot n'en serait pas autrement surpris. Mais peu importe, après tout. Puisque le mari a fini par se résigner. Il vient d'avoir la bonne idée de mourir. Assassiné. Contrariant, lord Edgware ? Les femmes sont ingrates...


Il s'agit d'une enquête d'Hercule Poirot, racontée par son fidèle ami le capitaine Hastings. Lord Edgware n'est pas un personnage particulièrement sympathique, pas plus que son épouse l'actrice Jane Wilkinson, femme superficielle et dont le seul sujet d'intérêt est : elle-même.
Lorsque Lord Edgware est retrouvé assassiné d'un coup de couteau porté à la nuque, ce ne sont pas les suspects qui manquent : sa propre fille le détestait, il avait chassé son neveu trois ans plus tôt, une jeune actrice de talent ne le portait pas dans son cœur et jusqu'à une période toute récente, il était un regrettable obstacle aux  projets matrimoniaux de Lady Edgware. D'ailleurs celle-ci a été vue sur les lieux du crime, à Regent Gate... or, à la même heure, elle dînait en compagnie d'une douzaine de témoins chez Sir Montagu Corner, à Chiswick...
Une intrigue machiavélique, et une enquête menée par un Hercule Poirot fidèle à lui-même.

Lu dans le cadre des challenges British Mysteries, chez Lou et Hilde, I love London chez Maggie et Titine, La plume au féminin 2014 chez Opaline, Challenge Agatha Christie chez Georges et Petit Bac 2013 chez Enna (catégorie Partie du corps avec le mot NUQUE dans le titre).
Cette lecture clôture mes participations au challenge Petit Bac 2013. :-)



jeudi 23 janvier 2014

L'assassin habite au 21 - S.A. Steeman



Edité par la Librairie des Champs-Elysées, 1939 - 186 pages

Prologue

Le passant tomba sans un cri, absorbé par le brouillard avant d'avoir touché terre. Sa serviette de marocain fit floc en giflant le trottoir.
Mr Smith soupira. Il pensait : "Comme c'est facile ! Plus facile encore que la première fois !"
De fait, il n'avait pas éprouvé cette moiteur au creux des mains et ces tiraillements d'estomac qui, l'avant-veille, avaient ralenti son geste de mort.
Les réverbères, allumés depuis le matin, jalonnaient les rues de cocons lumineux, et les rares véhicules roulaient à pas d'homme. Des agents réglant la circulation on ne distinguait que les gants et le casque blanc, surmontant la tâche blême du visage. "Fameux temps pour les assassins !" ainsi que l'avait dit Mr Smith à Mrs Hobson en sortant de chez lui. (page5)
...
Sept victimes en deux mois et demi - sept crânes fracassés. Et l'assassin a signé tous ses meurtres en abandonnant un bristol sur les lieux : il s'appelle Smith...
Smith... La police londonienne est sur les dents, et les milliers de Smith de la capitale connaissent des moments difficiles. (Quatrième de couverture)

Jusqu'au jour où Toby Marsh, ex-pensionnaire des geôles de Sa Majesté, croise le chemin de la police et révèle comment il a découvert  l'adresse de l'assassin :

Ce soir-là, je traversai Soho Square quand deux hommes me passèrent littéralement sur les pieds. Il marchaient l'un derrière l'autre, mais le premier paraissait ignorer qu'il était suivi. On l'eût ignoré à moins ! Le second ne faisait pas plus de bruit qu'un spectre. 
-Un instant ! intervint Strickland. Avez-vous vu sa figure ?
Toby Marsh secoua la tête :
- Non, mon prince ! Il portait un long water-proof dont le col relevé lui dissimulait les bas du visage et le brouillard se chargeait de cacher le reste.
- Fort bien. Qu'est-il arrivé ensuite ?
- Je suis d'abord demeuré un moment sur place, comme un idiot. "Après tout, me disais-je, il n'y a rien d'extraordinaire à ce que deux types suivent le même chemin et à ce que l'un d'eux porte des semelles de crêpe!" [...] A peine avais-je fait cinq ou six pas que j'entendis comme un bruit de chute, ce fameux bruit sourd, vous savez bien, si longuement décrit par le constable Alfred Burt. Du coup, je me sentis pousser des ailes !  [...] J'eus la chance de rattraper mon type au moment où il allait disparaître dans le brouillard. Par parenthèse, eussé-je conservé des doutes sur son identité que le cadavre étendu sur le sol me les eût ôtés...
Toby Marsh fit une courte pause pour jouir de son effet. Le sergent Guilfoil jurait entre ses dents et l'inspecteur Mordaunt écrivait avec une hâte fébrile.
- Mr Smith - puisqu'il faut le désigner par son nom - commença par suivre Charing Cross Road et Caroline Street. Il se retournait souvent, mais je le suivais d'assez loin pour que ma silhouette, à peine visible dans la brume, n'éveilla pas sa méfiance. [...] Enfin, comme nous arrivions à hauteur de l'Alexandra Hospital, je le perdis subitement de vue. "Bon, pensai-je en prenant mes jambes à mon cou, il n'a pu tourner que dans Russel Square ! "
- Et alors ? se hâta de placer Strickland.
- Alors, ça vaut-il deux mille livres, gov'nor ? triompha le narrateur. L'assassin habite au 21! (pages 21-22-23)

Après s'être fait ridiculiser pendant deux mois et demi par Mr Smith, le Yard touche peut-être enfin au but. Mr Smith est à portée de main. Londres, en proie à la panique, va pouvoir retrouver sa sérénité, l'enquête touche à sa fin... à moins que ce ne soit que le début. Car Toby Marsh a omis de signaler un petit détail ...

Strickland se sentit envahi par une étrange appréhension : 
- Vraiment ? grommela-t-il. Lequel ?
Toby Marsh se mit à rire :
- Je vous le donne en cent !... Le 21, Russell Square, est une pension de famille !

Mon avis :

S.A. Steeman était Belge, mais il règne indéniablement dans ces pages une atmosphère British. Complice du sinistre Mr Smith, le "fog" londonien,  enveloppant, confère au récit une atmosphère ouatée et inquiétante :  il absorbe les sons, avale les silhouettes qui disparaissent dans la brume ou surgissent à vos côtés sans que vous les ayez entendues arriver. 
La pension Victoria, dirigée de main de maître par Valérie Hobson, abrite des locataires de tempéraments divers et contrastés parmi lesquels un prestidigitateur excentrique, une publiciste énergique, un vendeur de radios plutôt veule, un couple dont le mari se laisse mener par le bout du nez par sa femme, une auteure de contes pour enfants plutôt effacée,  un Russe mystérieux et charismatique, un médecin révoqué - l'inquiétant Dr Hyde ;-) - et un major retraité et psychorigide, ancien officier des Indes, qui semble tout droit sorti d'un  roman d'Agatha Christie (Le major parlait trop, Cinq heures vingt-cinq, ou encore N ou M, une de mes enquêtes préférées qui se déroule aussi dans une pension de famille).
S.A. Steeman fait preuve dans son écriture de traits d'humour qu'un anglais ne renierait pas. Il s'amuse ici à balader le lecteur entre vrais et faux indices (au lecteur de faire le tri), tout comme Mr Smith balade la police londonienne. Par deux fois, il interpelle directement le lecteur... Smith, lui, téléphone directement à la police au Yard pour lui indiquer obligeamment où trouver le prochain cadavre.
Bref, l'auteur a l'esprit ludique et, même s'il émane du roman une atmosphère un peu désuète, il tient l'attention du lecteur en éveil jusqu'au dénouement.
A déguster au coin du feu, par temps brumeux ou pluvieux, avec une bonne tasse de thé fumant (ou un verre de Whisky ;-) à la main.


S.A. Steeman

Lecture commune avec  Purple Velvet

Lu dans le cadre des challenges British Mysteries chez Lou et Hilde, I love London chez Maggie et Titine  et Petit Bac 2013 chez Enna (catégorie chiffre/nombre avec 21 dans le titre)







dimanche 29 décembre 2013

La mariée était en noir - William Irish

Titre original : The bride wore black (1940)
Traduit de l'américain par E. Michel Tyl
Traduction révisée par Emmanuelle de Lesseps

Editions Gallimard, folio policier, 1984 pour la traduction française, 268 pages

L'été dernier j'ai lu Fenêtre sur cour et autres nouvelles et je m'étais promis de revenir vers cet auteur, auquel on doit notamment La sirène du Mississippi et J'ai épousé une ombre.
Je voulais le lire dans des histoires un peu plus étoffées que des nouvelles.

J'ai vu l'adaptation de François Truffaut, avec Jeanne Moreau, il y a longtemps, à la télé. Je ne me souvenais pas de la fin, juste du mobile et d'avoir passé un bon moment.

Je ne voudrais pas trop en dire, je trouve que c'est beaucoup plus agréable de se laisser porter par le suspense (même si ici on connaît le meurtrier dès le départ et si probablement beaucoup d'entre vous ont déjà soit lu le livre, soit vu le film).
Le suspense ne réside pas non plus vraiment dans le mobile, on l'entrevoit assez facilement... La tension vient dans le fait de voir approcher la mort, de se demander si la personne qui frappe se fera démasquer et sur les circonstances de l’événement initial, celui qui a conduit à la machination que le lecteur voit se dérouler sous ses yeux.

La chute est plutôt inattendue, et différente de celle du film (ainsi que je l'ai dit, je ne m'en rappelais pas mais j'ai effectué quelques recherches sur internet)
J'ai trouvé l'écriture assez distanciée des personnages, je ne me suis attachée ni aux victimes ni au bourreau, que je n'ai cependant trouvé  ni sympathique ni antipathique.
Mais j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette intrigue, construite selon un schéma qui se répète mais sans que je trouve cela gênant. Je trouve même que la construction participe à la tension.

Voici le début de l'histoire :

- JULIE ! Ma Julie !
La voix suivit la femme dans l'escalier jusqu'au bas des quatre étages. C'était le murmure le plus doux, l'appel le plus fort de des lèvres puissent lancer. Cela ne la fit pas hésiter, ni rater une marche. Son visage était très pâle lorsqu'elle sortit dans la lumière du jour et rien de plus.
La fillette qui attendait près de la valise, à la porte d'entrée, se retourna et la regarda, presque incrédule tandis que Julie la rejoignait, l'air de se demander comment elle avait trouvé la force d'en finir. La femme parut lire dans ses pensées ; elle répondit à la question silencieuse.
- C'est aussi dur pour moi que pour eux, de dire adieu, mais moi je m'étais faite à cette idée, pas eux. J'ai eu tant de longues nuits pour m'endurcir. Eux, c'est la première fois que ça leur arrive. Moi, c'est la millième fois que je vis ces instants.
Et, sans changer de ton, elle poursuivit :
- Je vais prendre un taxi ; il y en a un là-bas. 
Comme la voiture approchait, la fillette la regarda d'un air interrogateur.
-Oui, tu peux m'accompagner si tu veux. A la gare de Grand Central, chauffeur. 
Elle ne se retourna pas pour regarder la maison, ni la rue qu'elle quittait. Elle n'eut pas un regard pour les autres rues qu'elle connaissait si bien, pour ce coin de ville où elle avait toujours vécu.
Elles durent attendre un peu devant le guichet où quelqu'un s'attardait. La petite fille, à côté d'elle, s'accrochait désespérément à son bras.
- Où vas-tu ?
- Je ne sais pas. Je n'y ai même pas encore pensé.
Elle ouvrit son sac à main, partagea en deux paquets inégaux la mince liasse de billets qu'il contenait et garda la plus petite partie dans sa main. Elle se pencha vers l'ouverture du guichet et posa l'argent sur la tablette.
- Jusqu'où je peux aller avec ça ?
- Chicago, et je vous rends quatre-vingt-dix-cents.
-Alors un aller.
Elle se tourna vers la fillette. 
- Tu peux retourner à la maison. Tu pourras au moins leur raconter ça.
- Je ne dirai rien, si tu ne veux pas, Julie.
- ça n'a pas d'importance. Qu'est-ce que ça change, le nom d'un lieu, quand on part sans retour ?
Elles s'assirent un moment dans la salle d'attente. Puis elles descendirent l'escalier qui menait au quai, demeurèrent un instant côte à côte devant la portière du wagon.
- Embrassons-nous, comme de vraies petites amies d'enfance.
Leurs lèvres s'effleurèrent, vite. "Voilà."
- Julie, je ne sais quoi te dire.
- Dis-moi adieu. Que dit-on jamais d'autre, dans cette vie ?
- Julie, j'espère que je te reverrai un jour prochain.
- Tu ne me reverras plus jamais.
Le quai s'éloigna. Le train s'engouffra dans le long tunnel. Puis il émergea de nouveau à la lumière, s'élevant au sommet d'une rampe d'où l'on pouvait voir les étages supérieurs des maisons, tandis que les rues transversales défilaient comme les jours d'une palissade.
Le train ralentit brusquement ; il avait à peine atteint sa vitesse maximale. 
- Vingt-cinquième rue, chantonna distraitement le contrôleur.
La femme qui s'en allait pour toujours se leva, prit sa valise et parcouru le couloir, comme si elle terminait son voyage au lieu de le commencer.
Elle était debout tout contre la porte de sortie, lorsque le convoi s'arrêta. Elle descendit, suivit le quai et prit l'escalier qui menait à la rue. Elle acheta un journal au kiosque de la salle d'attente, s'assit sur un banc et consulta la page des petites annonces.


François Truffaut avait ses propres raisons de choisir une fin différente, pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l'adaptation (mieux vaut quand même voir le film et lire le live avant) :

Roman policier lu dans la cadre du challenge Petit Bac 2013 chez Enna, catégorie couleur avec le mot NOIR dans le titre.


mardi 22 octobre 2013

L'apothicaire de Londres - Deryn Lake

L'apothicaire de Londres - Deryn Lake


Titre original : Death in the Dark Walk
Traduit de l'anglais par Jacqueline Lenclud
Edité par : Librairie des Champs-Elysées, collection Labyrinthes, 1994 pour l'édition originale, 1997 pour la traduction française.
317 pages

Quatrième de couverture :
John Rawlings aurait pu demeurer simple apothicaire au milieu de ses pairs. Mais ses talents le conduisent, en 1755, à demander un statut indépendant à sa toute-puissante Corporation. En effet, il projette de déposer le projet de l'eau gazeuse et sa commercialisation dans toute l'Angleterre.
Mais au XVIIIème siècle, Londres n'est pas la capitale industrielle qu'elle deviendra. Elle incarne encore le côté obscur de l'Europe et, au milieu des jalousies et des rivalités, il est bien difficile de s'y faire une place au soleil... John Rawlings l'apprend à ses dépens, lorsqu'il découvre sur sa route le cadavre d'une jeune flle au passé plus que douteux...

Comme il s'agit du 1er tome d'une série historique, je reporte ici en partie les deux notes publiées avant et à la fin du roman :

L'Apothicaire de Londres nous présente Rawling, un apothicaire qui a réellement existé et dont la date de naissance se situe autour de 1731, et John Fielding, le demi-frère aveugle de Henry, l'auteur de Tom Jones. Ce John, surnommé le Blind Beak par le peuple, créa non seulement la compagnie des Runners - qui devinrent par le suite les Bow Street Runners puis la police métropolitaine - mais aussi les Sweeny, l'escadron volant, deux Brave Fellows* (expression de son cru) constamment sur le qui-vive avec un véhicule prêt à les emmener partout dans le royaume, dans le quart d'heure suivant l'appel.
* Brave Fellows : les Braves Compagnons.

John Rawlings émerge de l'obscurité en 1754 quand, le 22 août, il sollicite son admission au sein de l'illustre Société des Apothicaires. Il en devient membre en mars 1755. [...] Il donne son adresse comme étant le 2, Nassau Street. Une bonne centaine d'années plus tard, ce sera celle de H.D. Rawlings Ldt, fabricant de soda. On trouve ici la preuve que John Rawlings fut sans doute le premier à fabriquer de l'eau gazeuse bicarbonatée en ce pays.

Il s'agit du 1er tome d'une série de 12. Cette première aventure se déroule en 1755, sous le règne de Georges II (trois souverains se succéderont encore avant le règne de la Reine Victoria, dernière souveraine  britannique de la maison des Hanovre, maison dont Georges II était le second monarque britannique. C'était la minute "Stéphane Bern"... sourire ).

John Rawlings, notre héros, est un séduisant et fringant  jeune homme de 24 ans qui vient de terminer son apprentissage d'apothicaire (7 ans). Comme tout détective qui se respecte en littérature :-), il a une sorte d'associé : il s'agit de  son ami d'enfance et ancien voisin Samuel Swann, qui pour sa part vient de terminer un apprentissage d'orfèvre.
John Rawlings a été élevé depuis ses trois ans par sir Gabriel Kent,  auquel lui et Samuel sont profondément attachés. Au cours de ce premier tome, nous découvrirons que  sir Gabriel Kent a acheté et offre à John sa première officine.

John et Samuel sortent un soir se divertir dans un lieu très prisé : les jardins de Vauxhall. Malheureusement la fête tourne vite court lorsqu'une femme est découverte assassinée dans l'Allée des Ombres. John ayant découvert le corps, il est amené à aller faire son rapport au Blind Beak (traduction : le Juge Aveugle) et c'est ainsi qu'il se trouve associé à l'enquête. On découvre rapidement que la victime était une prostituée, la favorite d'une maison close de Leceister Fields, d'où elle avait mystérieusement disparu deux mois plus tôt. 

John Fielding, surnommé The Blind Beak a réellement existé, j'ai trouvé un petit article le concernant sur Wikipédia (cliquer pour lire).

J'ai beaucoup apprécié ce premier tome.
- J'en ai aimé le contexte historique, dans une époque qui me change un peu de mes lectures victoriennes. 
- J'ai aimé que l'auteure (et sa traductrice) prennent le temps de soigner le style, ce qui n'est pas toujours le cas pour les romans policiers, un rythme haletant étant parfois privilégié. Je pense que le contexte historique est une aide car il demande l'utilisation ponctuelle d'un vocabulaire un peu désuet, mais qui a toute sa place dans l'environnement de l'époque, et  qui  appelle  plus facilement  un style un peu plus littéraire.
Ex : De là, un lacis de ruelles descendait jusqu'à la Tamise mais, comme c'était un repaire de malandrins et de coupe-jarrets, les porteurs préférèrent passer par la place du marché Hungerford et débarquèrent leur passager en haut de l'escalier qui descendait jusq'aux berges.
Quitte à remonter le temps de deux siécles et demi, autant prendre un peu le temps du voyage et en profiter :-). Le roman se lit malgré tout assez vite.
- J'ai aimé les descriptions de l'environnement où se déroule l'histoire : description notamment de Vauxhall Gardens, mais aussi de certaines demeures, des équipages.
Ce ne sont pas de longs passages et ils n'empiètent pas sur l'intrigue, mais ils permettent de se faire une petite représentation visuelle. J'ai choisi le challenge I love London pour "voyager" un peu dans Londres, même si cette ville a complètement changé de visage depuis. C'est pour cela entre autres que j'apprécie les romans historiques : les auteurs sont obligés de décrire un minimum pour créer leurs ambiances.
- J'ai bien aimé l'intrique que j'ai trouvé bien menée.

C'est un roman policier que j'ai trouvé divertissant et intéressant.

Les jardins tels que ceux de Vauxhall semblent avoir été un lieu de distraction assez en vogue à cette époque et au siècle suivant. Il est amusant de noter que l'intrigue d'un autre roman policier que j'ai lu récemment, Le jardin des derniers plaisirs, de Lee Jakson, se déroule en grande partie dans un jardin "concurrent", Cremorne Gardens.
Ils sont décrits comme des lieux "magiques, enchanteurs, galants et voluptueux" (cf Wikipédia)
Le nom de Vauxhall est d'ailleurs devenu par la suite une sorte de nom générique pour désigner ce type de jardins, dont certains ouvrirent en France et en Belgique notamment.
Ils répondaient aux demandes d'une société qui souhaitait davantage de sociabilité et de plaisirs, sans pour autant que la bourgeoisie et l'aristocratie se mêlent aux divertissements du peuple.

Les jardins de Vauxhall sont décrits comme une sorte de parc d'attractions avec piste de danse et orchestre, dans un univers de fausses ruines, d'arcs de triomphes et de pavillons chinois  avec rocailles, bosquets, jets d'eaux. On y trouvait des salons particuliers et certains jardins proposaient des vols en montgolfière.
L'entrée était gratuite, les boissons et la nourriture payantes.

Pour les personnes intéressées, vous trouverez davantage de renseignements sur l'article de Wikipédia dont j'ai donné le lien plus haut et sur celui-ci  : Vauxhall Gardens

J'ai lu ce livre dans le cadre des challenges suivant : I love London (qui est reconduit pour un an) chez Maggie et Titine, British Mysteries chez Lou et Hilde, Petit Bac chez Enna (catégorie lieu avec le mot Londres dans le titre) et La plume au féminin chez Opaline


mardi 25 juin 2013

Amour en sept lettres - Ruth Rendell

Amour en sept lettres de  Ruth Rendell est un recueil de nouvelles publiées pour la plupart dans la revue Ellery Queen's Mystery Magazine et pour certaines d'entre elles dans son équivalent français, Mystère-Magazine.


Ce recueil regroupe les nouvelles suivantes :
- Amour en sept lettres / The man who was the god of love
- La souris dans le coin / The mouse in the corner
- Le fantôme du presbytère de Shawley / The Haunting of Shawley Rectory
- Un grain de folie / A spot of folly
- Victime née / Born victim
- Le jardin de Palomede Square / The long corridor of time

Toutes les nouvelles sauf la dernière ont été traduites de l'anglais par Pascal Loubet.
Le jardin de Palomede Square a été traduit par Gérard de Chergé.

Recueil publié aux Editions du Masque, 1994


Quatrième de couverture : 
A quel moment l'esprit humain bascule-t-il dans la folie ou dans le meurtre ? Quel processus obscur sape les fondements de la raison, et se révèle un jour par un détailqui fait voler en éclats toutes les apparences de la normalité ? [...]

Six nouvelles, six coups de scalpel impitoyables dans l'âme humaine. Six "petits romans" qui font du grand Rendell.


La première nouvelle est celle qui a donné son titre au recueil. Elle ne m'a pas réellement emballée. Je dirais que sans avoir deviné, je n'ai pas été réellement surprise non plus. Il s'agit d'une démystification et de ses conséquences. Je n'ai pas été captivée mais je trouve néanmoins que psychologiquement, c'est bien vu. Mais ça reste court, trop court à mon goût. L'un des protagoniste est un adepte des mots croisés, d'où le titre.

J'ai bien fait de persévérer car les cinq nouvelles suivantes m'ont réellement plu.
Elles mettent en scène des univers très différents : une enquête classique où l'on recherche le coupable (La souris dans le coin) , une où on le connait dès le départ, une autre où le crime est un aboutissement et deux histoires où intervient le fantastique (Le fantôme du presbytère de Shawley et Le jardin de Palomede Square). Ces deux dernières sont mes préférées, j'adore les histoires fantastiques et les histoires de fantômes ;-) Ce sont ce que François Rivière, auteur de la préface, appelle des novellas : romans courts où le mystère psychologique  et le fantastique se mêlent avec audace.
Il ne faut pas croire que l'histoire où on connait le coupable dès le début est dénuée pour autant de toute surprise, bien au contraire, jusque dans la chute (comme le veut normalement le style d'une nouvelle). En terme de chute,  celle qui m'a le plus "bluffée" est Le fantôme du presbytère de Shawley.
NB : Un grain de folie se déroule à Paris dans le quartier de Montmartre :-)

J'ai apprécié de retrouver le temps de ce recueil cette auteure britannique renommée que pour ma part, hélas, j'ai fort peu lue jusqu'ici.

Elle est connue pour un style "policier-psychologique" et a reçu de nombreux prix. Elle a également publié sous le nom d'auteur de Barbara Vine.


Cette lecture est une nouvelle contribution au Mois Anglais chez Titine et Lou. Elle rentre également dans le cadre du challenge Le nez dans les livres de Georges et c'est ma première contribution au challenge Petit Bac 2013 catégorie Sentiment (avec le mot Amour dans le titre) chez Enna








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