mercredi 5 mars 2014

La Neuvième Pierre - Kylie Fitzpatrick

Titre original : The Ninth Stone (2007)
Traduit de l'anglais par Céline Schwaller
Editions Actes Sud, Collection Babel Noir pour la traduction française,  2010, 494 pages

Quatrième de couverture :
Londres, 1864. Sarah O'Reilly, une jeune orpheline, s'est déguisée en garçon pour pouvoir travailler au London Mercury. Elle y fait la rencontre de Lily Korechnya, une chroniqueuse qui prend vite Sarah sous son aile. Lily a été engagée par Cynthia Hebert, dont l'époux est mort en Inde, pour dresser le catalogue de sa magnifique collection de bijoux. Son attention est attirée par neuf grosses pierres que le maharajah de Bénarès a confiées à lady Herbert afin qu'elle les fasse réunir en un navaratna, un talisman sacré. Elle remarque en particulier un diamant rouge sang flamboyant qui semble exercer une troublante influence sur ceux qui le touche.
C'est alors que surviennent deux horribles meurtres : deux hommes ayant été en contact avec la pierre sont retrouvés étranglés d'une étrange façon. Un simple d'esprit est accusé des deux crimes, mais ni Lily ni Sarah ne croient à sa culpabilité...
Des quartiers pauvres des bords de la Tamise aux palais disparus de Bénarès, de l'Angleterre victorienne à l'Inde sacrée, Kylie Fitzpatrick signe un roman plein de mystère et d'aventure qui mêle habilement meurtres, mythes, superstitions et philosophies orientales.

La Neuvième Pierre est un livre un peu à part, une énigme policière avec une part de surnaturel. L'énigme elle-même et sa résolution n'occupent pas le premier plan mais constituent plutôt un fil directeur pour une histoire qui se déroule dans le Londres victorien pour la première partie et en Inde, dans la ville de Bénarès, sept ans plus tard, pour la seconde.

Nous suivons les péripéties de la jeune Sarah, orpheline d'origine irlandaise, qui se démène pour faire survivre sa petite sœur Ellen et elle-même dans le Londres victorien, sans les faire tomber dans l'enfer de la prostitution, des asiles, ou du travail en usine.

Sarah et Ellen ont fait la connaissance de Ruby, qui tient  le White Hart, un pub situé dans l'Arpent du Diable (Devil's Acre), un quartier sinistre et dangereux au pied des tours de Westminster.  Les tripots y côtoient les maisons closes, la criminalité y est importante. Les deux sœurs ont "élu domicile" dans la cave du pub. Travestie en garçon, Sarah a réussi à obtenir un travail au London Mercury. Son déguisement sera bientôt un secret de polichinelle (on note que tout le monde l'appelle par son prénom) mais elle continue de se vêtir ainsi car elle trouve cette tenue infiniment plus pratique que celles traditionnellement réservées aux femmes.

En rentrant chez elle en début de soirée, Sarah pensa aux bordels d'enfants de Betty Street et de Dock Street, plus proches de Devil's Acre. Elle songea à quel point elle avait été près de rejoindre la parade entre Piccadilly Circus et Waterloo Place ; elle savait exactement quel prix on atteignait pour une vierge, c'était quelque chose qu'elle avait entendu "par hasard" au bar du White Hart. Quand le choléra avait emporté sa mère et son petit frère, Ellen et elle avaient dû survivre par n' importe quel moyen, et les perspectives étaient sinistres. Elle avait vu des filles travaillant à la fabrique d'allumettes et dont les joues avaient été rongées par le phosphore. Certaines en étaient même mortes. Maman avait toujours dit qu'elle préférerait mourir plutôt que d'aller à l'asile des pauvres, et quand sa maladie avait empiré, elle avait fait promettre à Sarah de ne jamais laisser Ellen être emmenée là-bas. (pages 33-34)

Au journal, Sarah se lie d'amitié avec une jeune veuve, Lily Korechnya, qui rédige sous un pseudonyme masculin des chroniques concernant des femmes d'exception. Officiellement, le journal n'emploie pas de femmes. Lily prend peu à peu Sarah sous sa protection.

Lady Cynthia Herbert, tout juste de retour d'un voyage en Inde où son mari est décédé dans des conditions mystérieuses,  possède une fabuleuse collection de bijoux. Elle engage Lily pour qu'elle lui en rédige l'inventaire.
Lady Herbert a également rapporté d'Inde neuf pierres précieuses, dont le joyau est un magnifique diamant rouge sang. Ces pierres lui ont été confiées par le maharajah de Bénarès, sous l'escorte de son garde Govinda, afin qu'elle les remette à un joaillier de Londres. Celui-ci devra assembler les pierres selon un dessin spécifique réalisé par Govinda pour réaliser un navaratna, un talisman sacré qui apportera puissance au maharajah. Mais cette puissance est à double tranchant car le navaratna peut se révéler maléfique. D'ailleurs, en Inde, aucun joaillier n'a voulu se charger de réaliser le talisman, effrayé à l'idée de toucher le diamant rouge.
Par ailleurs, Lady Herbert pousse Lily à se faire fabriquer par le même joaillier un médaillon de deuil en jais, où sera incrusté un motif de dentelle fabriqué avec les cheveux de son défunt mari.

Pendant ce temps Ellen, passe ses journées à vagabonder pieds nus dans Londres en compagnie de Holly Joe, un simple d'esprit. La petite se lie bientôt d'amitié avec Vikram, un jeune Indien tout récemment arrivé en Angleterre.

Plusieurs meurtres sont bientôt commis, et alors qu'il était sur le point de délivrer le navaratna et le médaillon de Lily, le joaillier est lui aussi assassiné. Le talisman disparaît, l'apprenti du joaillier également et deux autres personnes décèdent dans des conditions mystérieuses.

Un exemple de NavaRatna


Une enquête est lancée mais l'assassin et les joyaux demeurent introuvables...

Les destins de Sarah et de Lily vont s'entrecroiser et toutes deux seront amenées, à des moments différents, à voyager jusqu'en Inde.
C'est un roman construit de façon un peu particulière puisque les péripéties de tous les personnages nous sont rapportées sous forme de récit, sauf pour Lily dont les aventures et émotions nous sont confiées par le biais de lettres.
Les femmes occupent dans ce roman une place prépondérante. Sarah, qui porte culotte et fume la cigarette (et même le cigarillo), Lily, sa gourvernante Martha, qui se révèle être médium, , sont des personnages forts et attachants, des femmes qui peuvent s'éprendre d'un homme mais ont aussi besoin de leur indépendance. J'ai bien aimé également la petite Ellen et Holly Joe.

C'est une énigme policière originale, qui réunit dans un même roman le Londres victorien et l'exotisme et la spiritualité de l'Inde. Cette originalité est l'un des points qui m'a le plus séduite, y compris le côté mystique du récit. J'ai adoré les description de Londres et de l'époque victoriennes, très réalistes et  l'auteure n'en a pas été avare. Le passage sur la confection des bijoux de deuils, en particulier, m'a beaucoup intéressée (j'ignorais que cela existait), même si personnellement je trouve l'idée plutôt  macabre.

J'ai trouvé la partie se déroulant en Inde plus lente... j'aurais aimé ressentir davantage la magie de ce pays, il m'a manqué des scènes et des descriptions en extérieur. Sarah passe beaucoup de temps enfermée dans le palais qui m'a paru manquer de vie et d'animation, un peu froid malgré sa splendeur probable. Je n'ai pas eu l'impression qu'il s'y passait grand chose. Pour les femmes, c'est une sorte de prison dorée. J'ai trouvé également que les personnages (le maharajah, la maharani qui s'évade grâce à l'opium, Sarasvati) un peu falots par rapports aux personnages londoniens... exception faite du mystérieux et inquiétant Govinda, dont l'ambiguïté n'est levée qu'à la fin du roman. Par contre tout ce qui se rapporte aux divinités, y compris la redoutable Kali, m'a passionnée.

Je me suis laissée porter par la plume de l'auteur, et "envoûter" par ce fameux diamant rouge, en quelque sorte :-) Et s'il s'avère que dans ce roman, Diamonds are NOT a girl's best friends, c'est une lecture qui m'a beaucoup plu, pour son caractère original et son atmosphère.

Il s'agit d'une lecture commune que j'ai eu le plaisir de partager avec Lou et Titine dans le cadre du challenge British Mysteries.

Cette lecture entre également dans le cadre des challenges suivants : Challenge XIXème siècle chez Fanny, Challenge Victorien chez Arieste, La Plume au Féminin chez Opaline et I love London chez Maggie et Titine.

Je propose La Neuvième Pierre en livre voyageur. Si quelqu'un est intéressé, qu'il me fasse signe.



10 commentaires:

  1. Cette histoire me fait penser aux diamants maudits qu'on trouve parfois, comme "le diamant Luck", qui portait mal son nom.. J'aime bien l'Inde coloniale (litterairement, s'entend), avec cette ambiance si particulière. Les bas-fonds de Londres font toujours fremir, quand on sait qu'ils existaient vraiment..
    Bref, le cocktail de ce livre a l'air bien attirant!
    Si personne d'autre ne le demande, je te l'emprunterais bien (tu m'expliqueras les livres voyageurs, si je dois ensuite le transmettre à qqun d'autre?)
    Je t'ecris en off bientôt; Bises !

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  2. Bonjour Soie, je suis bien intéressée aussi ! Demain, ma note de lecture de Code 1879 dans la même collection de Babel. Bonne soirée.

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  3. Merci pour cette participation ! J'ai fait beaucoup d'achats ce mois-ci et je ne veux pas augmenter ma PAL d'emprunts !

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  4. Comme tu as pu le lire dans mon billet, mon problème c'est qu'il n'y a aucune intrigue policière ! Mais Kylie Fitzpatrick sait incontestablement décrire les atmosphères. Et bien-sûr qu'il compte pour le challenge "I love London", j'ai juste oublié de participer à mon propre challenge !

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  5. Je suis curieuse... comment ça marche les "livres voyageurs" ?
    En tous cas, la couverture de ce bouquin est absolument magnifique ! Rien que pour ça je pense que je l'aurais pris en main dans une librairie/bibliothèque. Et le résumé m'aurait probablement poussée à l'achat/l'emprunt ! Allez, direct en wishlist ! ;)

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  6. Je suis un peu partagée, je crois que mon expérience de lecture se situe à mi-chemin entre la tienne et celle de Titine. J'ai beaucoup aimé la première partie et regrette comme toi la lenteur de la deuxième. Au final je n'ai pas été dérangée plus que ça par l'absence d'intrigue policière mais j'ai trouvé quelques longueurs et j'ai trouvé vraiment dommage que la partie en Inde n'exploite pas davantage le côté colonial, pour nous faire découvrir un cadre historique particulier.

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  7. Il a l'air pas mal, j'aime bien les histoires de diamant^^

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  8. C'est une belle chronique, je ne sais pas si le mélange surnaturel/policier me plairait..!

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  9. After doing some online research, I got my first electronic cigarette kit at VaporFi.

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