mercredi 19 novembre 2014

La vie et rien d'autre de Bertrand Tavernier

La vie et rien d'autre de Bertrand Tavernier
Drame français de 1988. Durée 2H15 mn
Avec Philippe Noiret, Sabine Azéma, Pascale Vignale     










N'ayant pas encore terminé mon article concernant mes lectures d'été, je vais vous faire patienter en
vous parlant d'un film que j'ai vu en octobre et qui valide ma participation au challenge Une année en 14 chez Stéphanie.

En novembre 1920, deux jeunes femmes d'origine sociale différente, à la recherche de leur compagnon disparu, se croisent sur le champ de bataille où se trouve le commandant Dellaplane chargé de recenser les soldats disparus. Emouvante évocation du deuil mais aussi de la vie qui, malgré tout, continue.

Ce film m'a particulièrement intéressé pour plusieurs raisons.
D'une part il se situe après la guerre, une période moins évoquée la guerre elle-même. On voit bien dans ce film que la guerre, bien après sa fin officielle, continue de tuer sournoisement : des obus enfouis dans les champs remontent à la surface, sous des tunnels effondrés d'autres libèrent leurs gaz asphyxiant, mettant en péril la vie des hommes qui déblaient.
Ce film m'a rappelé une phrase qui m'avait marquée dans  Le cercle littéraire des amateurs d 'épluchures de patates : cette guerre n'en finit pas de finir. Une phrase qui, je pense, peut s'appliquer à toutes les guerres.

Le rythme du film est assez lent mais cela ne m'a pas gênée, je trouve qu'il accompagne très bien le rythme de la reconstruction, - des vies, si c'est possible, et du pays - qui va prendre des années.

Ce qui m'a particulièrement touchée, et intéressée, c'est la difficulté de faire le deuil quand la victime est portée disparue.
On voit bien, au travers du parcours des deux femmes, Irène (Sabine Azéma) et Alice (Pascale Vignale) que l'espoir subsiste toujours et combien il leur est difficile de faire le deuil et d'être prête pour une autre histoire d'amour car elles n'ont pas la preuve irréfutable que leur compagnon soit mort.

Le parallèle entre les deux femmes est intéressant car elles ne vont pas du tout suivre le même cheminement pour surmonter leur deuil.
On voit d'ailleurs à quoi étaient confrontées les familles : le mari d'Irène a d'abord été déclaré tué, elle a donc porté le deuil, puis un soldat français rescapé a assuré l'avoir vu par la suite prisonnier des Allemands, mais vivant, si bien qu'elle ne sait plus... depuis deux ans, elle court d'un hôpital à un autre, espérant chaque fois retrouver son mari, espoir chaque fois déçu...
L'évolution de son personnage tout au long du film est très intéressante, très froide au début elle "s'humanise" peu à peu, de même on voit l'évolution de ses sentiments, pour finir sur un bilan lucide sur son couple.


C'est un film de contrastes : le fossé avant/après la guerre, le fossé entre ceux qui l'ont vécue sur le front et les autres, la détresse des familles qui attendent des informations qu'elles n'arrivent pas à obtenir et qui se sentent oubliées et le commandant Dellaplane écrasé par sa tâche et son manque de moyens, contraste entre le vécu des  hommes et les politiciens (recherche du "soldat inconnu"), contraste d'une France qui célèbre la victoire tout en pleurant ses morts.



C'est un film de silences aussi, ou de suggestions : les soldats revenant du front gardent en eux des blessures morales -et pas seulement physiques -  de ce qu'ils ont vécu et n'arriveront jamais à les partager totalement avec leur famille, qui d'ailleurs ne sont pas forcément prêtes à les entendre, les sentiments non avoués, par réserve ou par crainte et tout ce que le film sous entend : j'ai trouvé qu'il était réalisé avec beaucoup de subtilité, beaucoup de choses sont évoquées par petites touches et c'est au spectateur de se faire son idée.

A l'image du tunnel qui a enseveli des victimes et qui s'écroule dès que l'on cherche à explorer ses entrailles, une guerre conserve toujours une part d'impénétrable.


13 commentaires:

  1. Un film qui m'avait marqué, à l'époque.

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    1. Moi aussi il m'a fait une forte impression.

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  2. C'est en effet un très beau film , pudique et dense .
    Tu pourrais aussi voir "Un long dimanche de fiançailles" , tiré d'un roman de S. Japrisot . Là aussi , la recherche d'un disparu, sur un mode plus décalé mais très poignant .
    Bises et à bientôt!

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    1. J'ai lu Un long dimanche de fiançailles, je l'ai vu également, il fait partie des films que j'aimerais bien revoir. Bises.

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  3. Je ne le connais pas mais tu me donnes envie. Parce qu'effectivement, c'est une période qu'on aborde moins !
    L'autre jour, à mon boulot, on a fait une projection d'un documentaire sur les femmes pendant la Grande Guerre (et pas que les munitionnettes), c'était vraiment intéressant !

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    1. J'ai trouvé ce film intéressant et bien filmé, je pense qu'il te plairait.

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  4. Je n'ai pas l'impression d'avoir entendu parler de ce film... Le goncourt 2013 de P Lemaitre parlait aussi des années après la guerre. Fort intéressant.

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    1. Il faut absolument que je lise "Au revoir là haut".
      "La vie et rien d'autre" est peut être un peu long (plus de 2H) mais je trouve qu'il mérite d'être vu.

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  5. J'avoue que je ne lis pas ou ne regzrde pas beaucoup de films en rapport avec la première guerre mondiale...il est temps d'y remédier !

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    1. J'ai davantage lu à propos de la seconde guerre mondiale, mais avec la commémoration du centenaire, il y a eu des publications intéressantes (mais qui sont restées dans ma Liste à Lire, pour l'instant)

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  6. Mais bien sûr qu'il reste de la place au chalet :) Tu es la bienvenue, la clef de ta chambre de l'année dernière t'attend à l'accueil :)

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