lundi 2 juin 2014

Jane Eyre - Charlotte Brontë

 

   La jolie bannière ci-dessus a été réalisée par Eliza Lectures pour le Mois Anglais

Titre original : Jane Eyre (1847)
Traduction, préface et notes de Charlotte Maurat
Edité par la Librairie Générale Française en 1984, avec des commentaires de Raymond Las Vergnas (une précédente version sans commentaires a été publiée chez le même éditeur en 1964) - 663 pages

Plutôt que de publier la quatrième de couverture, je préfère  laisser l'héroïne se présenter elle-même, telle qu'elle le fait p:486

Je suis orpheline, fille d'un pasteur. Mes parents sont morts avant que j'aie pu les connaître. J'ai été élevée à la charge d'autrui, et mise dans une institution de charité pour y faire mon éducation. [...] où j'ai passé six ans comme élève, et deux comme maîtresse : c'est l'orphelinat de Lowood [...]
J'ai quitté Lowood il y a près d'un an pour devenir institutrice dans une famille.

Lorsque l'histoire débute, la petite Jane est âgée d'une dizaine d'année. Orpheline, elle a été recueillie par son oncle maternel. Celui-ci est décédé à son tour. Sur son lit de mort, il a arraché à sa femme la promesse de prendre soin de Jane et de l'élever.
Tâche qui répugne à la tante Reed, qui, tout comme ses trois enfants, ne rate pas une occasion de rappeler à la petite qu'elle vit à leurs crochets.
Jane mène donc une vie bien solitaire à Gastehead, la riche demeure des Reed, où elle est sans cesse malmenée par ses cousins, un peu plus âgés qu'elle, notamment par le fils de la famille, un tyran en culotte courte auquel sa mère voue un amour inconditionnel et aveugle.
Les domestiques eux-mêmes, dévoués à leurs maîtres,  lui témoignent peu de sympathie. Jane trouve refuge dans la lecture et dans son monde intérieur. Chétive et réservée, on la dit sournoise et laide :

Je lui faisais l'effet d'une comédienne précoce ; en toute sincérité, elle me regardait comme un composé de passions virulentes, d'esprit mesquin et de dangereuse mauvaise foi. p32

En entendant ce récit, Bessie soupira et dit :
"Cette pauvre Miss Jane est bien à plaindre, elle aussi, Abbot.
- Oui, répondit Abbot, si c'était une petite fille jolie et aimable, on pourrait compatir à son abandon, mais, véritablement, il n'est guère possible de se soucier d'un tel petit crapaud. p 43

Seule la gouvernante Bessie fait toutefois preuve d'un peu d'humanité à son égard, lui racontant des histoires ou lui rapportant des gâteaux de la cuisine.
Suite à une altercation particulièrement violente avec son cousin,  où il la frappe, Jane est injustement punie. Enfermée de longues heures sans chandelle dans une chambre qui se noie d'obscurité à la nuit tombée, la fillette est saisie de terreur et tombe en syncope.

La tête me faisait encore mal et saignait par suite du coup que j'avais reçu dans ma chute. Personne n'avait réprimandé John pour  m'avoir frappée par simple caprice, et, parce que je m'étais dressée contre lui pour arrêter cette folle violence, j'étais chargée de l'opprobre général. p28

Le médecin appelé trouve la santé nerveuse de la fillette ébranlée et suggère - après lui avoir demandé son avis -  qu'on la mette  en pension. C'est ainsi qu'un 19 janvier, Jane est envoyée à Lowood, institution de charité située à cinquante milles de Gasthead.  Elle y restera 8 ans, dont deux comme institutrice.

A Lowood,   Jane se trouve enfin respectée et noue ses premières amitiés en la personne d'Helen Burns, une élève, et plus tard en la personne de la directrice, Maria Temple - première personne à lui témoigner de la bonté.
Pourtant, sous la férule du glacial et impitoyable Révérend Broklehurst, qui est chargé de gérer les fonds de l'orphelinat, les conditions de vie sont spartiates : l'eau gèle dans les chambres en hiver, les élèves sont insuffisamment vêtues et doivent néanmoins passer plusieurs heures en extérieur, elles sont sous alimentées.

Affamée, et me sentant à présent très faible, je dévorais une ou deux cuillerées de ma portion sans me préoccuper de sa saveur ; mais lorsque la première violence de la faim fut apaisée, je me rendis compte que j'avais devant moi une pitance nauséabonde ; le porridge brûlé est presque aussi détestable que les pommes de terre pourries ; même en temps de famine, il vous donnerait bientôt la nausée. Les cuillers se soulevèrent lentement, je vis chaque élève goûter son porridge et essayer de l'avaler ; mais dans la plupart des cas, l'effort était bientôt abandonné. Le petit déjeuner se termina sans que personne se fût restauré (p 70)

A Lowood, Jane trouvera amitié, humanité mais aussi la nourriture intellectuelle dont son esprit est avide. Elle y reste jusqu'à l'âge de 18 ans. Suite au mariage de Miss Temple, qui abandonne alors la direction de l'établissement, Jane réalise  qu'il est temps pour elle de connaître de nouveaux horizons et passe une annonce pour trouver un emploi de préceptrice.

Elle se trouve engagée à Thornfied-Hall, propriété d'Edward Rochester, pour éduquer sa pupille, la petite française Adèle. Le maître des lieux, un homme d'une quarantaine d'année est un homme ténébreux, tourmenté, dépourvu de galanterie mais passionné, dont la cérébralité fait écho à celle de Jane. Ils s'éprennent l'un de l'autre. Mais d'étranges événements se produisent à Thornfield Hall...

Mon avis :

J'ai lu ce roman pour la première fois il y a environ 25 ans et je l'ai relu avec un réel plaisir. Bien que l'héroïne soit âgée d'à peine 20 ans, je trouve que ce roman peut trouver écho à tout âge, sans doute à cause de la maturité de caractère des personnages.
L'écriture est remarquable, riche,  fluide, fertile en  descriptions, notamment de la nature, des descriptions poétiques et variées. Les deux caractères principaux, Jane Eyre et Edward Rochester sont passionnés.
Jane est d'une grande force de caractère. La partie concernant son enfance n'est jamais larmoyante, on sent déjà une forte personnalité qui ne fait que s'épanouir tout au long du roman. L'héroïne cultive l'autodiscipline et puise toutes ses forces dans des principes qu'elle estime juste et auxquels elle reste fidèle.
Esprit féministe aussi qui trace le portrait d'une femme indépendante, qui  revendique l'égalité  des droits et l'égalité intellectuelle avec les hommes :

Généralement on croit les femmes très calmes ; mais elles ont la même sensibilité que les hommes : tout comme leurs frères, elles ont besoin d'exercer leurs facultés, il leur faut l'occasion de déployer leur activité. Les femmes souffrent d'une contrainte trop rigide, d'une inertie trop absolue, exactement comme en souffriraient les hommes ; et c'est étroitesse d'esprit chez leurs compagnons plus privilégiés que de déclarer qu'elles doivent se borner à faire des puddings, à tricoter des bas, à jouer du piano, à broder des sacs. p160

Les deux héros sont très cérébraux, Jane est avide de s'instruire, et elle comme E. Rochester recherchent les conversations intellectuellement stimulantes (Rochester  déplore la conversation banale de Mrs Fairfax). La personnalité de Jane la pousse vers des personnalités cérébrales comme Helen Burns, Maria Temple ou les sœurs Rivers, avec lesquelles elle se lance dans l'étude de la langue allemande.
On sent une quête de spiritualité également, dans la personne lumineuse d'Helen Burns.
La religion est d'ailleurs très présente dans les lignes du livre sans que j'ai trouvé cela pesant, mais il y a de fréquentes citations de la Bible et même Edward Rochester, rebelle et ayant tenté sans vergogne de transgresser les lois de l'Eglise, finit par plier et implorer ouvertement ce qu'il pense être la manifestation d'un châtiment divin.

L'époque victorienne était une époque très pieuse, mais les sœurs Brontë étaient filles de pasteur et je me suis demandée de qui Charlotte Brontë s'était inspirée pour les personnages du  Révérend Broklehurst celui du pasteur Rivers (glaçant et glacial, implacable et déshumanisé à force de "sainteté")
Le révérend Brokelhurst et le pensionnat de Lowood ont été inspirés à Charlotte Brontë par l'école de Cowan Bridge où sa sœur Maria, représenté dans Jane Eyre par le personnage d'Helen Burns, est décédée à l'âge de douze ans.
Hypocrisie de la société victorienne où le révérend - pingre et intégriste - vient rendre visite au pensionnat, accompagné de sa femme et de ses filles bien nourries, pomponnées et parées de satin, pour prêcher les bienfaits de la pauvreté et de l'humilité, suggérant, alors que les élèves avaient eu un repas immangeable, que jeûner forme le caractère. (NB côté hypocrisie, c'était du pareil au même en France à l'époque)

Il y a beaucoup de Charlotte Brontë en Jane Eyre :

Lorsque Charlotte fut en présence de Mr Smith, elle lui remit la lettre qu'il lui avait adressée. "De qui tenez-vous ceci ?", lui dit-il, comme s'il lui était impossible de croire que ces deux jeunes femmes vêtues de noir, de mince silhouette et de petite taille... pouvaient être Currer et Acton Bell en personne." (premiers pseudonymes de Charlotte et Anne Brontë) p6/7 préface

Le récit à la première personne du singulier donne une sensation de proximité avec la narratrice, comme si elle nous contait le récit où que l'on lise son journal intime.

On pardonnera à l'auteure un petit excès de chauvinisme :

En parlant de ses élèves :
[...] après tout, la paysannerie anglaise est la plus instruite, la mieux élevée, la plus digne de toute l'Europe. J'ai vu depuis lors des paysannes, des Baüerinnen ; mais les meilleures d'entre elles m'ont paru ignorantes, grossières et sottes, comparées à mes filles [...]

Et en parlant d'Adèle :

En grandissant, une solide éducation anglaise corrigea dans une large mesure les défauts qu'elle tenait de son origine française. p 630

Jane Eyre est un très beau roman que je classe dans mes coups de cœur.


Lecture commune avec Titine, Même les sorcières lisent et Cendrah dans le cadre du Mois Anglais chez Cryssilda, Titine et Lou et du challenge XIXème siècle chez Fanny.
Lamousme nous parle de Jane Eyre et des sœurs Brontë

Logo du Mois Anglais co-réalisé par Alexandra et Alicia





Entre également dans la cadre des challenges Les 100 livres à avoir lu chez Bianca, challenge Les Soeurs Brontë chez MissCornish , La plume au féminin chez Opaline, Challenge Victorien chez Arieste et Petit Bac 2014 (catégorie prénom) chez Enna.




18 commentaires:

  1. Cette lecture avait été un coup de coeur pour moi aussi, tu me donnes d'ailleurs très envie de le relire :)

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  2. J'avais énormément apprécié ce roman que je relirai avec plaisir dans quelques années !

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  3. Un des plus grands romans sans doute, de ceux que j'emporterais sur l'île déserte. À lire et à relire.

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  4. J'avais beaucoup aimé Jane Eyre. Par contre, récemment, j'ai lu Shirley de la même auteure et je n'ai pas du tout aimé...

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  5. LE livre que j'ai lu , et relu , maintes fois . Comme tu le dis, on y trouve une nouvelle résonnance à tout âge .

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  6. Lu (et en VO) mais je le relirais bien, tiens!

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  7. J'ai lu ce roman trois fois et je le trouve toujours aussi passionnant même si je trouve que le personnage d'Adèle est caricaturé, les françaises sont pas mal critiquées! Mais bon, c'était l'époque. Je suis en train de lire un roman qui se déroule à une époque similaire et qui met en scène le même type de personnages: Senteur de cannelle de Norah Loft, un roman ovni qui ne semble disponible que d'occasion et une auteure des années 50-60 tombées aujourd'hui dans l'oublie malgré son ancienne notoriété. Pas mal pour les vacances, c'est dans la même veine que Rebecca, Dragonwick, L'auberge de la Jamaïque et Jane Eyre. Bref, à lire pour se détendre! A bientôt et bon courage pour le mois anglais!

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  8. Nos billets se complètent bien puisque je n'ai pas parlé du côté autobiographique du roman. Je pense que nous l'avons lu à la même époque, il y a 20-25 ans et c'est amusant de voir que nous avons conservé notre édition de l'époque !

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  9. Tiens, quelle bonne idée de le relire !

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  10. on lit beaucoup ce roman en ce moment ;) il faut absolument que je m'y mette

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  11. Je l'ai lu l'an dernier et j'avais beaucoup aimé bien que je le trouve aussi un peu trop long

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  12. J'avais lu ce roman étant gamine, je m'en souviens encore très vivement, pourtant je pense qu'une relecture ne me ferait pas de mal. J'avais beaucoup aimé à l'époque, je suis curieuse de voir ce que j'en penserai à l'heure actuelle.
    Et je me souviens j'avais beaucoup aimé le film avec Charlotte Gainsbourg aussi, mais moins la nouvelle version sortie il y a 3 ou 4 ans il me semble avec Mia Wasikowska.

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  13. Ca y est : j'ai envie de le relire !! :-)

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  14. J'adore ce livre, tu m'as donné envie de le relire tiens!

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  15. Il fait aussi partie de mes coups de coeur ! J'aime bien ce mélange de portrait féminin et de suspense ! avec de belles descriptions gothiques...

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  16. Jamais lu... Mais il est dans ma pal ! C'est déjà un bonheur de me dire qu'il me reste tous ces classiques de la littérature britannique à découvrir.

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  17. Je l'ai lu quand j'étais au lycée mais je n'en ai pas gardé beaucoup de souvenirs. Il faudrait que je le relise.

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